Secteur automobile à l’heure du numérique

Christophe Aufrère, Senior Vice-Président en charge de la stratégie technologique de l’équipementier français Faurecia, nous parle des innovations et méga-trends dans l’industrie.

Quelles sont les principales innovations récentes ou à venir qui, selon vous, vont révolutionner l’industrie, en général, et le secteur de l’automobile, en particulier ?

La digitalisation mène à la dématérialisation d’un côté (en utilisant le Cloud) et permet d’intégrer de l’intelligence de l’autre, qui peut aller jusqu’à l’intelligence artificielle (IA). La couche d’intelligence permet de relier des fonctions entre elles pour en créer de nouvelles ou créer des systèmes apprenants. Par ailleurs, les ordinateurs quantum vont permettre de faire du « high performance computing » pour traiter un maximum de données en un minimum de temps et avec un minimum d’énergie. L’IA va permettre l’éclosion du véhicule autonome, qui est aujourd’hui déjà de plus en plus automatisé. Associée à la digitalisation, on peut également intégrer la blockchain.

Les interfaces homme/machines qui évoluent (gesture control, voice control, brain control…).

On peut également parler de l’impression 3D qui, selon moi, n’aura qu’un impact limité sur les industries de grands volumes mais qui a un sens pour les industries de volumes faibles ainsi que pour les prototypes ou la maintenance.

Par ailleurs, on peut noter des tendances technologiques qui ne sont pas toujours de l’innovation mais qui vont traverser toutes les industries :

  • L’électrification qui est vraie pour l’automobile mais aussi pour les autres moyens de transports et les différentes autres industries, avec également la récupération d’énergie ou la création d’énergie à bord. Lié à l’électrification, on peut également nommer les nouveaux composants électroniques comme le nitrure de galium (GaN) pour accéder à des fréquences de fonctionnement plus élevées et le carbure de silicium (SiC) pour passer plus de puissance.
  • La connectivité : on peut citer la 5G mais également la LiFi (transmission par la lumière)
  • La partie physique/matériaux : la dématérialisation en général et la miniaturisation en particulier. On peut notamment citer les nanomatériaux. Les matériaux et les surfaces qui deviennent intelligents (pour donner de l’information par exemple, mais aussi des surfaces chauffantes, autocicatrisantes, autonettoyantes, à mémoire de forme,…)
  • Le biomimétisme qui s’inspire de la nature pour créer des fonctions souvent simples et optimisées

De tous les méga-trends, quelles sont, selon vous, ceux qui vont le plus impacter la proposition de valeur dans l’industrie, en général, et le secteur de l’automobile, en particulier ?

L’environnement (qui conduit, entre autre, à l’électrification des automobiles), l’urbanisation (nouvelles approches dans la conception des villes, différents véhicules de mobilité), le vieillissement de la population (véhicule autonome est une réponse pour la partie mobilité), la montée en puissance des femmes (adaptation des produits aux femmes), les millennials, qui consomment différemment (plus de volonté de posséder, focalisés sur l’expérience plutôt que le produit), la personnalisation (l’industrie doit standardiser, d’un côté, pour tout ce qui n’est pas visible et personnaliser, de l’autre, sur tout ce qui se voit), l’inégalité des richesses (le coût des produits reste un élément déterminant).

A votre avis, dans lequel des domaines suivants y a-t-il le plus de potentiel de transformation : le produit, le process ou la proposition de valeur ?

Je pense que c’est dans la proposition de valeur d’un côté car les produits doivent devenir de plus en plus « transparents » au profit de l’usage et de l’expérience. Le produit devra s’adapter, ce qui ne veut pas dire qu’il ne doit pas évoluer et être innovant.

Par ailleurs, de l’autre côté, la façon de produire est en train de se modifier considérablement pour répondre à la personnalisation, la réduction des investissements, le contrôle des produits ou la qualité. Ceci se traduit par une meilleure agilité, des moyens flexibles et réutilisables, des taux d’utilisation des machines élevés, la réduction des pertes et l’efficacité en général.

Comment abordez-vous votre participation à la formation MasterClass Industrie 4.0 de CentraleSupélec ? Quels sont vos messages clés ?

J’aborde ma participation comme un moment de convergence entre, d’une part, les grands groupes et les entreprises plus petites d’un côté et la rencontre de la partie produits avec les procédés de fabrication, de l’autre. L’Industrie 4.0 qui prend en compte la digitalisation de la production et suit la même trajectoire que les produits et les fonctions utilisateurs qui se digitalisent. Cette digitalisation permet de maitriser le système de production, comme Google ou Amazon veulent maitriser nos vies, ou tout du moins les orienter. Bref la convergence d’approche est réelle.  

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