C’EST LE MOMENT DE CRÉER UNE NOUVELLE EMPREINTE INDUSTRIELLE FRANÇAISE

Interview d’Alain Patchong, CEO de Dillygence et fondateur de PFI4.

Publié par Guillaume Mortelier, Directeur Exécutif en charge de l’accompagnement et Fonds Build-up International chez Bpifrance, le 8 octobre 2019

Quelles sont vos convictions en matière d’industrie 4.0 : est-ce enfin le moment français ?

Il faut d’abord savoir de quoi on parle. L’Industrie 4.0 est citée dans de nombreux articles, sans que l’on n’en comprenne la réalité. On confond souvent Industrie 4.0 et automatisation de l’appareil de production. L’Industrie 4.0, ce sont des systèmes cyber-physiques intelligents. Il y a Industrie 4.0 quand on commence à mettre l’intelligence artificielle au service de systèmes de production autonomes et autocontrôlés et quand on transforme des données en savoir pour l’entreprise. Ce savoir produit ensuite des informations stratégiques au sujet de la valeur pour les clients.

Sachant cela, j’aime me référer à la théorie de Thomas Friedman « the world is flat ». Selon lui, dans un monde plat, tout ce qui peut être fait sera fait. À vous de choisir si vous voulez le faire ou laisser à quelqu’un d’autre l’opportunité de le faire à votre place. L’Industrie 4.0 n’est plus une question ou une hypothèse. Les seules questions désormais, c’est : quand et comment ?

L’industrie est un pilier de notre économie, sa part dans le PIB a fortement diminué et se situe aujourd’hui autour de 10%. Nous avons perdu beaucoup d’emplois industriels au cours des dernières décennies. Au-delà des situations individuelles difficiles, je crois que c’est une grande chance. Nous avons désormais le dos au mur pour réinventer nos modèles industriels. L’Industrie 4.0 rebat les cartes des perdants et des gagnants. Nous avons toutes nos chances… à condition de ne pas nous tromper de débat ! J’entends beaucoup de comparaison portant sur les coûts de main d’œuvre. On est à côté de la plaque. Dans l’une de mes anciennes vies, mon entreprise avait le projet de fabriquer un nouveau produit. Le Portugal s’est vite imposé comme un pays à la main d’œuvre plus abordable. Néanmoins, en regardant les chiffres, il apparaissait que les 8 millions d’euros économisés en main d’œuvre étaient totalement absorbés par le coût du transport… Pas de doxa, pas de théorie, il ne faut pas perdre des yeux la réalité industrielle.

Notre main d’œuvre coûte autour de 30 euros par heure, soit trois fois plus que l’heure d’un robot ! Le véritable enjeu, c’est le taux de robotisation de nos usines. Quid de nos emplois, direz-vous ? Ce n’est pas la sanctuarisation à marche forcée des emplois qui nous mettra dans la course de l’industrie de demain. C’est la performance qui sauvera une partie des emplois et permettra d’en créer d’autres. Nous avons l’opportunité de créer une nouvelle empreinte industrielle française.

Quel regard portez-vous sur l’avancement et la maturité des PME et ETI industrielles ?

Les récentes études prouvent que les dirigeants de PME et ETI sont conscients des opportunités et de l’inéluctabilité de l’Industrie 4.0. Pourtant, une partie d’entre eux sont préoccupés par la survie même de leur entreprise et sont contraints de piloter au jour le jour leur capacité à résister. Naturellement, l’Industrie 4.0 est une solution mais elle leur paraît trop lointaine et trop couteuse. D’où la nécessité d’œuvrer pour une transformation et une vision à long terme tout en visant des bénéfices visibles à court terme. Il faut rapidement faire la preuve que les PME et les ETI ont intérêt à rester en mouvement. Quand on est occupé à tirer une charrue avec des roues carrées, on peut trouver que prendre le temps de les remplacer par des roues rondes représente un coût élevé. C’est pourtant la seule chose à faire pour avancer plus vite et sans souffrir…

Parmi les chefs d’entreprise qui ont des perspectives plus sereines, ils s’inquiètent de ne pas avoir les talents pour mener leur démarche d’Industrie 4.0. Dans l’impossibilité de recruter massivement des ressources dédiées, faisons en sorte que les collaborateurs deviennent bilingues. D’un côté la langue du métier qu’ils connaissent sur le bout des doigts, et de l’autre, la langue de l’Industrie 4.0. L’expérience prouve que la force existante peut parfaitement apprendre une nouvelle langue.

Enfin, plus généralement, il me semble qu’on ne gagne rien à opposer l’Industrie 4.0, ce qui est nouveau ou « à la mode », aux anciens modes de production. Le voyage vers l’industrie est long et il s’appuie sur les efforts passés vers l’excellence opérationnelle. Je dirais même que les nouvelles technologies, si elles sont plaquées sur des processus de production qui n’ont pas fait l’objet d’une démarche « lean » ont de fortes chances d’être décevantes. C’est ce que j’appelle « la règle du bullshit au carré ». L’Industrie 4.0 est en continuité avec le lean…

Pourquoi avez-vous choisi d’intervenir aux côtés de Bpifrance ?

Si je fais ce métier, c’est parce que j’ai deux grandes sources de motivation. La première, c’est ma passion pour la technologie et généralement pour trouver l’optimum de toute technique. La seconde, c’est une mission à laquelle je m’efforce de contribuer : faire en sorte que la France reprenne en main son destin industriel. Dans cette quête, Bpifrance est, pour moi, un allié naturel. La banque publique porte un message positif pour les PME et les ETI françaises : l’Industrie 4.0 rebat les cartes, ce ne sont pas nécessairement les plus gros qui seront les vainqueurs de demain. Cette conviction est aussi la mienne.

En France, tout l’écosystème économique parle désormais beaucoup d’Industrie 4.0. Peu d’entreprises la mettent réellement en œuvre. De la même manière, il y a beaucoup de buzz autour de technologies particulières de collecte de données, comme les plateformes IoT ou la maintenance prédictive. Souvent, il manque le volet crucial de ces technologies : pour quoi faire ? Pour répondre à quelle stratégie ? Ces questions sont nécessaires à la pertinence de la collecte des données, mais aussi à leur exploitation. Prenons garde à l’essoufflement des attentes face au feu roulant des technologies hors-sol qui, sans stratégie personnalisée, n’aboutissent pas à la croissance attendue.

Cela étant dit, même imparfaits, ces débats sur l’Industrie 4.0 ont une grande vertu, celle de faire à nouveau parler d’industrie en France, en des termes enviables. Reparler d’industrie en France, c’est déjà se choisir un nouveau destin économique.

Bpifrance propose une offre de conseil adaptée aux enjeux des entreprises, pour apporter des réponses pertinentes et pragmatiques : réponses stratégiques, opérationnelles, commerciales, de transformation, internationales… Les consultants sélectionnés par Bpifrance réalisent des missions de conseil ciblées ayant pour objectif d’accompagner les entreprises dans leur croissance et leur performance. Chaque mission est opérée par un binôme composé d’un expert Bpifrance et d’un consultant externe habilité, durant 8 à 10 jours sur 6 à 8 semaines, en 3 phases (cadrage, diagnostic, restitution). Bpifrance est un acteur permanent au service des entreprises et du capital humain nécessaire à leurs trajectoires de croissance.

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